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Une maladie à prions détectée chez le dromadaire en Algérie

A la fin des années 80, un vent de panique a soufflé sur la filière des viandes bovines dû à l’émergence d’une nouvelle maladie (la « maladie de la vache folle ») dont le responsable s’est trouvé n’être ni un parasite, ni une bactérie, ni même un virus, mais une simple protéine, un prion, proche de celui qui provoque chez l’homme la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Cette maladie a fait l’objet de nombreuses études épidémiologiques surtout en Grande-Bretagne où elle a été diagnostiquée pour la première fois et où elle a affecté plus de 180.000 têtes de bétail. La maladie de la vache folle est devenue l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) car elle affectait prioritairement le cerveau des animaux malades. Une sévère prophylaxie sanitaire (abattage des animaux dans les élevages atteints, arrêt de la commercialisation des farines animales pour l’alimentation bovine, à l’origine probable du passage à la vache, contrôle des mouvements des animaux etc…) a permis de juguler cette épidémie qui s’est traduite par une baisse considérable de la consommation de la viande bovine du fait des craintes (exagérées) de contamination.

Maladie du chameau fou
Une nouvelle maladie à prion
décrite chez le dromadaire en Algérie :
la vigilance s’impose
© Ouled Bekhir

Il existe aussi une maladie à prion chez le mouton (la scrapie), et chez le cervidés (chronic wasting disease -CWD), et potentiellement d’autres espèces de ruminants ont été contaminés, mais le dromadaire paraissait jusqu’à présent, épargné par ce genre de maladie. Or, récemment, une équipe algérienne, appuyée par des collègues italiens, ont pu mettre en évidence la présence de prions chez des dromadaires à l’abattoir de Ouargla en Algérie (Babelhadj et al., 2018. Prion Disease in Dromedary Camels, Algeria. Emerging Infectious Diseases, 24(6),1029-1036). Tout a commencé par la présence de symptômes neurologiques divers depuis environ 5 ans sur des dromadaires amenés à l’abattoir : agressivité, tremblements, hyperactivité, mouvements d’incoordination, ataxie, difficultés à se tenir debout, etc… Rien de très caractéristique en soi, mais quelque chose qui pourrait ressembler à une « maladie du chameau fou ».

Les éleveurs signalent l’apparition progressif de ces symptômes sur des animaux apparemment sains. Du fait de leur comportement, les animaux étaient plus ou moins isolés du troupeau et amenés à l’abattoir. Les chercheurs algériens, soupçonnant un potentiel rôle d’un prion, ont réalisé un certain nombre de prélèvements (cerveau, ganglions lymphatiques) et envoyé les échantillons en Italie. Des coupes histologiques ont clairement montré la présence de lésions spongiforme dans le tissu cérébral, lésion typique de la maladie à prion qui a valu le terme d’ESB chez les bovins. Les analyses immunohistochimiques et les identifications de la présence de prions dans les différents tissus prélevés chez les animaux atteints ont fini par convaincre de la certitude de la présence de la maladie chez le dromadaire. Il existe désormais une Camel Prion Disease (CPD) dont l’origine n’est pas encore établie.
Bien entendu les questions sont désormais nombreuses. Les dromadaires de la région de Ouargla sont encore élevés en extensif et le seul changement notoire dans leur « alimentation », pourrait être l’utilisation des déchets dispersés à proximité des zones d’extraction du pétrole situés à quelques dizaines de km de Ouargla. Par ailleurs, comme toute l’Afrique du Nord, l’Algérie est un pays importateur de dromadaires sur pied pour l’abattage en provenance de Mauritanie, du Mali et du Niger surtout. On ne sait pas non plus quel est le risque de transmission à l’homme bien qu’aucun cas clinique n’ait été rapporté chez l’homme. La maladie semble circonscrite à la région de Ouargla, mais il est clair que des investigations épidémiologiques doivent être entreprises pour mieux comprendre les mécanismes de dispersion de cette maladie nouvelle pour mieux la combattre.


(juillet 2018)

L’institut de recherches camelines en Mongolie Intérieure (Chine)

La population de chameau de Bactriane en Chine a connu une lente régression depuis les années 80 atteignant moins de 250,000 têtes en 2009. Mais depuis cette date, un renouveau d’intérêt pour l’espèce se fait jour et la démographie depuis une dizaine d’années est de nouveau positive. D’après la FAO, la population atteignait 350,000 têtes en 2016, derniers chiffres disponibles (carte 1).

Evolution démographique
Carte 1. Evolution démographique de la population cameline en Chine depuis 1961 (source FAOstat).

Les raisons de cette embellie de l’élevage camelin chinois sont à mettre en relation avec l’intérêt grandissant pour les produits du chameau. L’engouement pour le lait aux vertus supposées médicinales y est pour quelque chose (on trouve du lait de chamelle en poudre à la tonne sur le site Alibaba !!), mais aussi l’intérêt commercial que représente la laine de chameau qui représente une intéressante source de revenus pour les producteurs et les transformateurs. N’oublions pas non plus le développement des produits cosmétiques à base de laine ou de graisse de chameau.

C’est dans ce contexte que s’est créée l’Institut de recherches camelines de Mongolie Intérieure à Alashan en Chine. On y mène des travaux sur la génétique et les productions camelines, mais on y produit aussi des cosmétiques, des produits laitiers transformés, des produits carnés et d’autres à base de laine de chameau. Pour faire connaître au monde, ses capacités et ses premiers résultats, l’Institut a organisé une conférence internationale en septembre 2017 à Alashan au cours de laquelle, les chercheurs venant d’un grand nombre de pays ont pu visiter l’Institut, une ferme laitière et divers ateliers de productions de produits camelins. Dans le monde de la camélologie, comme dans d’autres, la Chine risque bien de devenir un important interlocuteur dans l’avenir. On trouvera ci-dessous, un petit aperçu en photo (crédit : B. Faye) de l’étendue de leurs productions. En marge de la conférence, les chercheurs ont été invités au Festival du désert d’Alashan, organisé à l’échelle de ce pays. Immense.

Maladie du chameau fou Maladie du chameau fou
L’Institut de recherches Camelines d’Alashan avec quelques chercheurs d’Ethiopie, d’Australie et de France
© Bernard faye

Maladie du chameau fou Maladie du chameau fou
Fabrication des produits cosmétiques à base de lait et gras de chameau
© Bernard faye

Maladie du chameau fou Maladie du chameau fou
Quelques produits cosmétiques à base de lait et gras de chameau
© Bernard faye
Maladie du chameau fou Maladie du chameau fou
Produits carnés camelins dont le pied de chameau cuit vendu sous vide
© Bernard faye
Maladie du chameau fou Maladie du chameau fou
Produits laitiers camelins (lait pasteurisé, lait frais, yaourt, lait fermenté) dont le lait en poudre entier
© Bernard faye

Maladie du chameau fou Maladie du chameau fou
Produits à base de laine de chameau
© Bernard faye

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