Archives des des actualités camelines dans le monde


(janvier 2016)

Le lait de chamelle, un anti-asthmatique ?

Il ne se passe pas de semaine sans qu’un article ne révèle encore une propriété anti quelque chose du lait de chamelle, à croire que c’est un remède miracle. Même s’il faut être prudent quant aux effets réels chez l’homme, force est de constater que les résultats de laboratoire s’accumulent en faveur de ce breuvage. Une équipe saoudienne vient de publier les résultats d’une étude semblant indiquer un effet positif du lait de chamelle sur l’asthme.
L’expérimentation a porté sur des souris de laboratoire, réparties en 3 groupes. Le premier group (témoin) recevait une solution physiologique neutre alors que le second groupe recevait oralement 33ml de lait de chamelle par kg de poids vif. Un troisième groupe recevait un anti-inflammatoire aux propriétés antiasthmatiques, la dexaméthasone  à la dose de 50 mg/kg de poids vif. Habituellement, l’asthme provoque une détresse respiratoire qui se traduit par des changements des paramètres sanguins, tout particulièrement une augmentation des éosinophiles et des leucocytes qui témoignent de l’inflammation des voies respiratoires. Aussi ces indicateurs sont déterminés dans le sang de nos souris avant et après traitement (lait de chamelle et dexaméthasone).
Les résultats indiquent une baisse significative de ces paramètres dans le sang des souris traitées avec du lait de chamelle dans des proportions presqu’aussi importante qu’avec un anti-inflammatoire. Ainsi la quantité moyenne de leucocytes passe de 4040 chez les souris témoin à 2235 chez les souris recevant le lait de chamelle, à comparer aux 1655 observés chez les souris traités à la dexaméthasone. De la même manière, le nombre d’éosinophile passe de 256 en moyenne chez les souris témoins à 118 chez les souris buveuses de lait, valeur proche finalement des 86 observés après traitement anti-inflammatoire.
Bien sûr de tels résultats ne signifient pas que le lait de chamelle est la panacée pour gérer l’asthme, mais en tout état de cause, il semble qu’il ait un effet significatif sur les paramètres qui témoignent des effets de l’asthme. A ce titre, cela mérite des recherches complémentaires dans une population de malades asthmatiques.


(janvier 2016)

Lait de chamelle et archéologie

Les archéologues sont capables aujourd’hui de détecter des résidus de lait dans les poteries préhistoriques ou du moins de tester si ces céramiques ont servi à stocker du lait grâce à des techniques analytiques pointues. La question subsidiaire est « à quelle espèce ce lait appartenait-il ? ». Etait-ce du lait de vache, de chèvre, de brebis ou de chamelle ?
© B. Faye
Comment savoir si les hommes préhistoriques
buvaient du lait de chamelle ?
© B. Faye
C’est à cette question qu’a cherché à répondre une doctorante française (Mélanie Roffet-Salque) dans le cadre de sa thèse soutenue à l’Université de Bristol en Grande-Bretagne. La méthode consiste en la détection de la « signature » spécifique du lait. Cette signature est inscrite dans le profil des acides gras et la valeur d’un isotope stable du carbone (C13) qui permet notamment de distinguer les laits des ruminants des non-ruminants.  Jusqu’à présent le profil des acides gras du lait de chamelle n’avait pas été approché avec cet objectif.
Le profil des acides gras est déterminé par chromatographie gazeuse et permet de déterminer les proportions des différents acides, celles-ci différant d’une espèce à l’autre comme cela l’a été montré à plusieurs reprises. Il est ainsi connu que le lait de chamelle est globalement pauvre en acides gras à chaîne courte saturé (par exemple l’acide butyrique qui entre dans la composition du beurre est quasi-inexistant), mais riche en acides gras polyinsaturés à chaîne longue (les fameux omega3 et omega6), mais surtout en acides gras mono-insaturés. Cela se traduit par une très légère différence dans les valeurs de  C13 de l’ordre de 0,3 à 0,4% supérieure par rapport au gras du lait de vache par exemple.
Dans cette étude préliminaire, l’isotope stable du carbone a été dosé dans des échantillons de lait de dromadaire en provenance d’Arabie Saoudite, mais aussi dans du gras de bosse pour tester les relations possibles entre ces deux sources de matière grasse. Globalement il apparait cependant que la valeur du C13 aussi bien dans le lait que dans le gras de la bosse est très comparable à celle observée chez les ruminants comme la vache, la chèvre ou la brebis. Il est certes possible d'appliquer la technique à l’isotope ,stable dans des contextes archéologiques favorables à la détection de l'émergence de l'utilisation de lait chez des dromadaires. Mais en cas de présence d’os bovin, de mouton ou de chèvre dans les assemblages faunistiques comprenant aussi des dromadaires, l’identification spécifique s’avère probablement hasardeuse


(février 2015)
© B. Faye
© B. Faye
Le lait de chamelle :
une alternative à l’intolérance au lactose ?
© B. Faye

La question de l’intolérance au lactose est couramment avancée par les détracteurs des produits laitiers, même si la plupart des produits fermentés (yaourts, fromage, leben) sont quasiment dépourvus de lactose et ne posent pas de problème aux consommateurs. De plus, l’intolérance au lactose, due à l’absence de lactase chez certaines populations à l’âge adulte, ne provoque guère que des flatulences, certes désagréables, mais dans la plupart des cas, sans danger. Mais qu’en est-il chez les consommateurs de lait de chamelle frais ? Certains prétendent que la structure spatiale de la molécule lactose chez la chamelle étant différente de celle du lait de vache (il y a deux formes, lévogyre et dextrogyre qui n’auraient pas les mêmes effets), l’intolérance au lactose serait moindre avec le lait de chamelle qu’avec le lait de vache. Une équipe de médecins brésiliens a donc réalisé une étude sur des patients affectés par l’intolérance au lactose, chez qui ils ont testé l’effet comparé du lait de vache et du lait de chamelle. Après une diète d’un mois où tout aliment (brocolis, chou, concombre, lentille, oignon, haricots, etc) pouvant provoquer des gaz intestinaux, ou inhiber la lactase (papaye,…) ont été interdit, un premier test a été mis en place selon la procédure suivante : diète complète de 8 heures suivi de l’ingestion de solution aqueuse de lactose (1g /kg de poids vif avec un maximum de 50g). Seuls les patients présentant des symptômes d’intolérance ont été retenus. Le test de comparaison a été réalisé quelques jours après : après une diète complète de 8 heures, les patients commencent avec le lait de vache, une goutte le premier jour, 5 ml le second, 10ml le 3éme, 50 ml le 4éme jour et 250 ml le dernier jour de l’essai. En cas de symptômes, l’essai est arrêté. Après quelques jours, l’essai est recommencé avec du lait de chamelle. On comprend après cela qu’on appelle les volontaires, des « patients » ! Pour chacun d’entre eux, sont notés selon une gravité croissante, les différents symptômes observés : diarrhée, flatulence, gaz intestinaux, douleurs abdominales, nausées, vomissements, prostration...

Les résultats sont édifiants : alors que les 25 patients ont présentés des symptômes significatifs avec le lait de vache, seuls 2 d’entre eux se sont plaints du lait de chamelle et encore, avec des notes de sévérité bien moindre que pour le lait de vache. Avec celui-ci, les symptômes apparaissent dès le second jour (avec seulement 5 ml de lait !). Pour les deux patients sensibles au lait de chamelle, il faut attendre le 5éme jour pour que les premiers symptômes apparaissent. Les conclusions tombent d’elles-mêmes (en dépit du nombre relativement restreint de patients dans cet essai) : le lait de chamelle peut être une alternative au lait de vache pour les personnes présentant une intolérance au lactose. Ajouté au fait que le lait de chamelle, dépourvu de β-lactoglobuline (comme le lait de jument et le lait de femme) est hypo-allergène, on peut raisonnablement penser que c’est un produit à promouvoir pour la santé des consommateurs.



(octobre 2014)
© NRCC

Camel Research (1986-2013)-NRC on Camel
Un livre de references à télécharger librement

Le National Research Camel Center (NRCC) au Rajasthan en Inde est l’un des centres reconnus de recherche sur le dromadaire. L’Inde est un des pays le plus publiant sur notre animal favori. Cependant, beaucoup de ces publications sortent dans des revues indiennes dont certaines ont un impact relativement limité dans la communauté scientifique internationale s’intéressant aux camélidés. Aussi peut-on se réjouir que le NRCC ait publié sous l’initiative de Sumant Vyas, un ouvrage contenant tous les résumés des articles publiés entre 1986 et 2013, soit au total 272 références. Cet ouvrage est disponible gratuitement en ligne et avec l’aimable autorisation du NRCC, il est disponible aussi sur le site camelides.cirad.fr. Chacun peut donc le télécharger librement. Il témoigne de la vitalité de la recherche indienne sur les camélidés.
A télécharger (1.5 Mo) Le commander en ligne


(octobre 2014)

Qui publie sur le dromadaire et le chameau dans le monde ?

© B. Faye
© B. Faye

Les études bibliométriques sont un outil utile pour savoir qui et où on publie sur un thème donné. Aujourd’hui l’accès aux bases de données internationales permet facilement ce genre d’analyses auxquelles le CIRAD a du reste contribué déjà sur le dromadaire (voir par exemple, FAYE B., BONNET P., CHARBONNIER G., MARTI A., 2000 Bilan des activités de recherche sur le dromadaire par analyse bibliométrique de la littérature scientifique. Cas particuliers des travaux sur le chamelon. Atelier International sur le chamelon: “le Chamelon, futur de l’élevage camélin”. Ouarzazate, 24-26 oct. 1999, Maroc., Rev. Elev. Méd. Vét. Pays trop., 53, 125-131).
Cela permet de cartographier également le réseau de collaborations en s’appuyant sur l’affectation des co-auteurs des articles. Récemment, un chercheur indien s’est interrogé sur qui publie sur les camélidés dans le monde en 2014. La dernière analyse disponible datant de presque 15 ans, une réactualisation des données s’avérait intéressante. Dans un article publié dans le Journal of Library, Information and Communication Technology, l’auteur a analysé les bases disponibles couvrant la période 1963-2012 soit près de 50 ans. Sans être probablement exhaustif, l’auteur répertorie tout de même 4923 publications (dont 85% d’articles originaux) sur le site des CAB direct online, soit une moyenne de 98 articles (ce qui est probablement sous-estimé). En 2012, de fait, 256 articles sont répertoriés. L’auteur de cette étude note de fait une accélération du nombre d’articles à partir des années 2000. Les chercheurs indiens sont évidemment les plus prolixes avec 354 articles (7,2% de la production scientifique sur le dromadaire et le chameau), suivi des égyptiens avec 284 papiers (5,8%), devant les saoudiens (216 articles). Le Journal de référence est de fait un journal indien (Journal of Camel Practice and Research –JCPR- qui a publié 641 articles soit 13% des publications) et un journal égyptien (Assiut Veterinary Medical Journal avec 193 articles soit 3,9%). Suivent Indian Journal of Animal Sciences avec 186 papiers (3.77%) et la revue d’Elevage et de Médecine Vétérinaire des Pays tropicaux (la revue du CIRAD) avec 92 articles consacrés au dromadaire (1,87%), juste devant Tropical Animal Health Production. L’anglais est bien entendu la langue dominante (91,3% des publications), suivi du russe, du chinois et du français. Tous domaines confondus, la santé reste le sujet le plus traité, devant la physiologie et les productions. Quant aux auteurs les plus prolifiques, on trouvera en tête le Dr T.K. Gahlot (173 articles soit 3,5% des références), par ailleurs éditeur de JCPR. Il est suivi de B. Faye au CIRAD avec 108 articles (2,2% des publications répertoriées). Il est suivi de deux indiens à nouveau, les Drs Khanna et Sahani, tous deux ex-directeurs du National Research Camel Center à Bikaner, et d’U. Wernery, un allemand domicilié à Dubai travaillant au laboratoire central vétérinaire. Ces 5 auteurs représentent près de 10% des publications sur le dromadaire et le chameau.


(octobre 2014)

Replication du MERS-Coronavirus chez le chameau

Le coronavirus continue à faire parler de lui, même si l’épidémie semble se ralentir (Septembre 2014), mais pour combien de temps. Jusqu’à présent, on ne disposait pas de données sérieuses sur l’évolution de la maladie chez le chameau lui-même et sur les voies d’excrétion du virus capable de contaminer l’homme. C’est chose faite désormais par une équipe américaine. Les chercheurs ont inoculé le virus à 3 dromadaires adultes avec la souche MERS isolée chez l’homme. Les animaux ont développé une affection respiratoire touchant les voies supérieures, mais les symptômes sont apparus très bénins bien que la charge virale soit apparue abondante dans les voies respiratoires, en particulier dans les sécrétions nasales, 7 jours après l’inoculation. L’ARN viral était encore détectable 35 jours après l’inoculation. Le fait que le virus se cantonne dans les voies respiratoires supérieures expliquerait d’une part le faible effet « systémique » sur l’animal (la maladie reste bénigne car elle ne se diffuse pas dans le reste de l’organisme) et la principale voie de transmission vers l’homme qui ne peut se faire que par une certaine proximité.
Photo F. Brey
Photo F. Brey
Cela dit, rien ne confirme la possibilité d’excrétion dans le lait ou la viande sauf contamination externe par la salive ou les déjections nasales d’animaux atteints. Ces travaux confirment donc deux choses importantes :

  • La maladie est bénigne chez le dromadaire (ce qui explique que le plus souvent la maladie passe inaperçue)

  • La transmission à l’homme se fait essentiellement par un contact étroit, par voie aérienne.

Il faut donc éviter de trop embrasser les chamelles avec le nez qui coule. Qu’on se le dise.



(avril 2014)

La population des dromadaires ensauvagés d’Australie serait-elle surestimée ?

C’est la question posée par une étude récente australienne commanditée par « l’Australian Feral Camel management Project » qui a voulu faire le point sur un sujet qui fait polémique. On se souvient de cet « appel au meurtre » d’un politique qui pour diminuer le quota carbone de l’Australie suggérait de détruire les plus de un million de dromadaires ensauvagés du pays, qui par ailleurs, exerçaient sur l’environnement semi-désertique du centre de l’Australie une pression de plus en plus préoccupante. Eh bien il semble que la population réelle soit d’environ 300.000 têtes soit moins de un tiers de ce qui se disait volontiers jusqu’à présent. Cette différence d’appréciation serait basée sur une surestimation passée du taux de fécondité des chamelles ensauvagées. Depuis 2008, le projet en question a réussi à éliminer 160.000 têtes dont 25.000 seulement ont fait l’objet de valorisation commerciale (essentiellement pour la viande).

Le projet a donc réussi à diminuer la pression démographique cameline sur 18 sites considérés comme des haut-lieux de la biodiversité animale et végétale du désert de Simpson. Cette population de dromadaires sauvages est de mieux en mieux connue sur le plan scientifique. L’évaluation des dégâts faits à l’environnement par cette population est également mieux quantifiée et là, contrairement aux effectifs, il semble que l’impact soit plus important que prévu (sécurité routière, assèchement et contamination des points d’eau, destruction des infrastructures,…).

Cependant, pour autant que la population ne soit pas aussi importante qu’affirmé auparavant, sa destruction massive continue de susciter d’amples débats : 25000 têtes seulement valorisés commercialement, c’est peu par rapport au total abattu. Les gestionnaires du projet soulignent cependant que les moyens logistiques sont insuffisants pour augmenter cette proportion. Un retour à l’élevage, peut-être, pour résoudre le problème ?


avril 2014)

Le point sur le coronavirus et le dromadaire

On parle beaucoup du rôle du dromadaire en Arabie Saoudite dans la transmission de l’agent du MERS (Middle-East Respiratory Syndrome) à l’homme. Le MERS est provoqué par une nouvelle souche du coronavirus, un virus largement répandu chez le dromadaire où généralement il est associé à des diarrhées du chamelon et à des pathologies respiratoires multifactorielles. L’essentiel des cas humains, dont les cas mortels assez nombreux, relèvent d’un passage de l’homme à l’homme, mais le dromadaire pourrait être un réservoir et à l’origine de l’épidémie. Toutefois, il subsiste de nombreuses zones d’ombre dans un schéma qui donnerait le dromadaire comme unique source du virus à l’origine de cette nouvelle maladie émergente. Un article du bulletin épidémiologique en fait le point (n°61) : https://pro.anses.fr/bulletin-epidemiologique/

Il reste encore pas mal de travaux à mettre en œuvre pour apporter la certitude du rôle du dromadaire dans cette nouvelle maladie. Une seule certitude : la vigilance est de mise car le risque n’est pas nul.

La mortalité du chamelon liée à la présence du coronavirus
La mortalité du chamelon liée à la présence du coronavirus n’est pas rare,
mais est-ce vraiment le même que le MERS ?
Photo : B. Faye

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