L'article du mois nouveau

La graisse de la bosse du chameau pour se protéger des UV !

Jassim S.A.A., Aldoori A.A., AbdulMounam M.A., Faraj B.R., AbdulHameed F.F., Limoges R.G., 2018
Photoprotection Comprising Oil Derived from Dromedary Camel Hump Fat Annual Research & Review in Biology, 27(3), 1-11

Les grands camélidés sont réputés pour endurer des conditions climatiques extrêmes et vivre dans un environnement où le soleil ne manque pas. Ils sont donc soumis à une importante radiation solaire c’est-à-dire à un index UV particulièrement élevé dont ils ne peuvent se protéger par une crème solaire…. Comment font-ils donc pour résister à un environnement aussi toxique ? Une équipe irakienne appuyée par des canadiens a émis l’hypothèse qu’une huile obtenue à partir de la graisse de bosse, riche en acides gras de type ω3, -6 ou -9 et en vitamine E pouvait jouer un rôle protecteur et prévenir des dommages causés par les UVA (rayons les plus abondants, soit 95% des UV).
Pour vérifier leur hypothèses, les chercheurs ont utilisé 3 lots de souris blanches ayant subi différents traitements d’exposition aux rayons UVA et les ont comparés à un lot témoin non traité. Le premier lot (A), non-protégé a subi une exposition à des lampes UV à raison de 4h/j pendant 3 mois. Le second lot (B) a subi le même traitement mais était protégé avant le début de l’exposition par de l’huile de bosse de chameau étendue en couche épaisse sur le dos des souris. Le troisième lot (C) ayant subi le même traitement que le groupe A, a reçu sa protection à l’huile de bosse après l’exposition à la lampe UV. Le lot témoin (D) n’a reçu ni exposition, ni huile de bosse. Pour compliquer le tout, 3 types de gras ont été testés : gras de bosse de dromadaire, gras de queue de mouton, gras interne de vache. Les tissus graisseux ont été traités par chauffage et filtration pour obtenir de l’huile.
Ultérieurement, les chercheurs ont examiné des coupes histologiques de la peau des souris à la fin de l’expérimentation. Ils ont pu montrer que « l’huile de chameau » a été la seule à avoir un effet protecteur, les peaux « traitées » avec de l’huile de mouton ou de vache ne montrant aucune amélioration de l’intégrité de l’épiderme (nécrose, infiltration, congestion, voire tumeur), voire même des résultats plus mauvais que pour le lot témoin ! Même avec une application après l’exposition aux rayons UV, l’huile de chameau montre une activité non seulement protectrice mais aussi curatrice et antitumorale.
Ces propriétés protectrices pourraient être associées aux particularités chimiques du gras de la bosse qui se distinguent de celles de la graisse de mouton ou de vache par sa richesse an acides gras poly-insaturés et en vitamine E. Selon les auteurs de cet article, la présence de la bosse sur le dos de l’animal n’est pas fortuite et correspond à un élément d’adaptation au climat désertique, empêchant les rayons ardents du soleil des zones arides à brûler la peau. Sans doute faudrait-il s’intéresser à la mise au point d’une crème solaire à base de bosse de chameau pour les amateurs de bronzette sur les plages ?

La bosse serait aussi une protection contre les radiations UV du désert ?
La bosse serait aussi une protection contre les radiations UV du désert ?
© B. Faye

Même les enzymes signent leur adaptation au désert

Chafik A., Essamadi A., Çelik S.Y. Mavic A., 2019.
Purification and biochemical characterization of a novel copper, zinc superoxide dismutase from liver of camel (Camelus dromedarius): An antioxidant enzyme with unique properties. Bioorganic Chemistry, 86, 428-436

La superoxide dismutase (SOD) est un enzyme qui catalyse le radical O2- en molécule d’oxygène O2 ou en peroxyde d’hydrogène H2O2. En conséquence, cet enzyme est un puissant anti-oxydant pour les cellules, jouant ainsi un rôle protecteur cellulaire d’importance, notamment lors de stress cellulaire prolongé. Cet enzyme est zinc-cuivre dépendante. Or, récemment, une équipe marocaine et turque a pu, pour la première fois, purifier cet CuZnSOD dans le foie de dromadaire. On sait désormais que cet enzyme est une protéine monomére de poids moléculaire 28 kDa, que son activité optimale est observée à 43°C et à pH 6.0 et que son énergie d’activation est de 1,42 kJ/mol. Les ions Aluminium, calcium, cadmium, magnésium et zinc stimulent cette activité alors que les ions baryum, cobalt, fer et nickel l’inhibent. La molécule purifiée contient 0,010 µg de cuivre et 0,69 µg de zinc. Mais par-delà sa structure, ce qui est remarquable, de sont des propriétés biochimiques uniques comparées aux SOD des autres espèces : faible poids moléculaire, structure monomère, haute température optimale d’activité, faible pH optimal, faible teneur en cuivre et zinc, forte affinité, fort turnover et efficacité catalytique pour la vitamine B2. Toutes ces propriétés du CuZnSOD peuvent être interprétées comme des éléments en relation avec la capacité du dromadaire à survivre dans des conditions « stressantes » du désert. La structure et les propriétés de cet enzyme font donc partie de la panoplie des particularités du dromadaire et des caractéristiques de son adaptation.



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