L'article du mois nouveau

Une étude zootechnique très complète sur la durée de gestation et le poids à la naissance

Nagy P., Juhasz J., 2019.
Pregnancy and parturition in dromedary camels I. Factors affecting gestation length, calf birth weight and timing of delivery. Theriogenology 134, 24-33

La ferme laitière Camelicious à Dubaï bénéficie d’un cheptel important (5000 têtes aujourd’hui, 2019), ce qui ouvre des possibilités d’analyse des performances des animaux sur un large échantillon dans un même environnement. C’est ce qui a poussé les auteurs de l’article à publier leurs observations portant sur des milliers d’animaux dans un contexte où des données fiables sont collectées depuis plusieurs années (10 ans), conditions plus difficilement obtenues ailleurs. Dans cette publication, les auteurs évaluent le rôle des facteurs génétiques, physiologiques et environnementaux sur divers paramètres zootechniques tels que la longueur de la gestation, le poids à la naissance du chamelon et l’heure de parturition des chamelles au cours de la journée. L'effet de divers facteurs a été testé avec des modèles linéaires mixtes et par analyse de la variance. Au total, 557 (13,1 %) parturitions primipares et 3691 (86,9%) multipares ont été observées chez 2123 dromadaires. Les observations montrent que les mises-bas ont eu une distribution saisonnière prononcée. C’est ainsi que 86,3% des naissances surviennent entre décembre et mai avec un pic en janvier. La durée de la gestation a été de 384,5 ± 0,17 jours et le poids moyen à la naissance étaient de 34,5±0,09 kg. Les facteurs fixes tels que la saison, l’année, la race, la parité, le sexe du chamelon ou sa survie influent sur ces paramètres de façon significative. Ainsi, la durée de gestation est expliquée à 27,1% par le mois de conception, à 11,2% par la femelle (effet génétique) et 10,6% par le statut (survie ou non à la naissance) du chamelon. Le poids du chamelon, quant à lui, dépend de la mère (30,3%), de sa parité (11,3%), de l’année de naissance (6,9%) et du mois de parturition (6,2%). L’effet saisonnier est également notable. Ainsi, les chamelles ayant conçu en novembre ont une durée moyenne de gestation de 18 jours plus longue que chez les femelles ayant conçu en mai. Le poids des chamelons à la naissance a été également de 4,4 à 4,9 kg de plus pour ceux nés en décembre, comparé à ceux nés en septembre ou avril. Les mises-bas peuvent avoir lieu tout au long de la journée mais le maximum est observé entre 14 et 15h et 74,1% surviennent entre le lever et le coucher de soleil. La distribution des naissances au cours de la journée est fortement influencée par le mois de l’année. Le temps médian entre le lever du soleil et le démarrage de la mise-bas a été de 8h et 24 minutes. Ces résultats indiquent que les changements saisonniers observés sont indépendants des facteurs nutritionnels, identiques tout au long de l’année, mais sont liés à la photopériode et qu’il existe un rythme circannuel endogène dans le développement du fœtus. L’article conclut sur l’intérêt d'étudier l'effet de l'environnement sur la communication fœto-maternelle, le développement fœtal et le moment de parturition.

Durée de gestation et le poids à la naissance
Photo © B. Faye



Du nouveau sur lait de chamelle et cancer ?

Al-Omari M.M, Al-Ghariebeh R.B., Abu Alhaija A.A., Al-Zoubi H., Al-Qaoud K.M., 2019.
Camel milk whey inhibits inflammatory colorectal cancer development via down regulation of pro-inflammatory cytokines in induced AOM/DSS mouse mode. Emir. J. Food Agric., 31(4): 256-262

L’effet réel ou supposé du lait de chamelle sur le cancer suscitent en ce moment de nombreuses études qui visent à donner une base scientifique sérieuse à une telle assertion qui n’est pas sans poser des questions d’éthique importante, notamment pour les chercheurs régulièrement sollicités par des malades. C’est ainsi qu’une équipe jordanienne s’est intéressé à l’effet du lactosérum du lait de chamelle sur le cancer colorectal. Pour cela, ils ont utilisé un modèle « souris (BALB/C) » recevant par voie orale de l'azoxymethane (AOM)/Dextran Sodium Sulfate (DSS), un inducteur de colite inflammatoire. Quatre groupes de souris (des mâles âgés de 8 semaines) ont reçu respectivement (i) aucun traitement (témoin), (ii) ce traitement inducteur, (iii), ce traitement + lactosérum de lait de vache, et (iv) ce traitement + lactosérum de lait de chamelle. La colite développée suite à l’administration de l'azoxymethane est associée à des symptômes de diarrhée et au développement d’une tumeur qui suit généralement le traitement à la fin de l’expérimentation. Par ailleurs, l'expression du gène de la cytokine pro-inflammatoire et anti-inflammatoire a été quantifiée par qPCR. Les résultats ont montré un effet significatif du lactosérum de lait de chamelle sur la réduction du développement du cancer colorectal et des symptômes d'inflammation à un stade précoce, ce qui se traduit par un gain de poids accru, une réduction des selles sanglantes et de diarrhée. Une réduction concomitante de l'expression de gène de la cytokine inflammatoire IL-6 a pu être observée de façon évidente chez les souris traitées au lactosérum de chamelle. En outre, l'expression de gène d'IFN-et d'IL-8 a été également sensiblement réduite chez les souris traitées. A l’inverse, l'expression des cytokines anti-inflammatoires IL-10 a été élevée dans les tissus du colon des souris traitées au lactosérum de chamelle. En outre, la présence de iNOS, un marqueur de l’inflammation des muqueuses a été réduit chez ces mêmes souris traitées. Chez le groupe recevant du lactosérum bovin, un effet semblable a pu être observé sur l'expression des gènes IL-8,'IL-6 et iNOS, mais une élévation de IFN-γ est notée dans ce groupe contrairement au groupe recevant le lactosérum de chamelle. Ses résultats indiquent qu’il y a une activité potentielle du lactosérum de chamelle qui agit en réduisant le développement du cancer colorectal chez les souris principalement en réduisant l'induction de colite par des stimulus chimiques. La question de savoir si la substance active responsable de cette activité est unique ou combinée mérite une investigation plus approfondie. Par ailleurs, sans essai clinique chez l’homme, il est difficile de se prononcer de façon définitive.



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