Le chromosome Y pour explorer le passé du chameau de Bactriane nouveau

Dans toutes les espèces, les marqueurs polymorphes sur la partie spécifique du chromosome Y fournissent des informations utiles pour explorer les généalogies masculines. Chez les grands camélidés, les lignées maternelles sont bien étudiées en se basant sur l’ADN mitochondrial, mais pour ce qui concerne les lignées mâles, l'absence de séquence de référence sur un chromosome Y, empêche d’avoir une vision claire de la démographie des reproducteurs au cours de l’Histoire. Or, récemment un consortium international de chercheurs mongols, chinois, autrichiens, français et américains (Felkel S., Wallner B., Chuluunbat B., Yadamsuren A., Faye B., Brem G., Walzer C., Burger P., 2019. A First Y-Chromosomal haplotype network to investigate male-driven population dynamics in domestic and wild Bactrian camels. Frontiers in Genetics, 10, article 423, 1-7) ont pu identifier une séquence spécifique du chromosome Y (un haplotype) du chameau de Bactriane qui permet de tracer les lignées mâles au cours de l’Histoire. Sur la base de 596 variantes de nucléotides simples, un réseau phylogénétique-Y avec sept haplotypes a pu être révélé. Cette technique a permis de dater avec précision la séparation entre le chameau de Bactriane (Camelus bactrianus) et le chameau sauvage de Tartarie (Camelus bactrianus ferus) il y a 27000 années. Toutefois, un des chameaux sauvages faisant partie de l’échantillon de départ s’est retrouvé dans le même haplogroupe que l’espèce domestique, indiquant des risques d’érosion génétique de la population sauvage. Par ailleurs, la divergence entre les lignées domestique et sauvage basées sur l’haplotype Y, s’avère beaucoup plus récente que celle obtenue par l’analyse de l’ADN mitochondrial (permettant d’évaluer les lignées femelles) qui se situerait entre 580.000 et 1,8 millions d’années. Une telle incohérence entre ces estimations, semble assez courante. Cela pourrait être du au fait que le taux de mutation de l’ADN mitochondrial est plus rapide et que la « signature générationnelle » soit différence selon le sexe. Le temps estimé du plus proche ancêtre commun de l’haplotype domestique dans l’échantillon étudié remonterait à 1764 ± 416 années soit bien après la domestication du Bactriane (survenue il y a 4000 à 6000 ans), alors que pour l’échantillon de Bactrianes sauvages remonterait à 490.000 ans. Une telle différence signe depuis longtemps un manque de reproducteurs dans cette population sauvage menacée d’extinction.

Photo : B. Faye
Le chameau de Bactriane aurait été domestiqué
il y a 4000 à 6000 ans dans le désert de Gobi.
Photo : B. Faye

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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