Dynamique de l'utilisation des ressources fourragères par les dromadaires des pasteurs nomades du parc national du banc d'Arguin (Mauritanie)

CORRERA, A. (2006) Thèse de Doctorat du Muséum national d’histoire naturelle de Paris (France) ; 362 p.
Discipline : Ecologie et gestion de la biodiversité

Résumé

Situé de part et d’autre du 20ème parallèle, le Parc National du Banc d’Arguin (PNBA) longe le littoral Atlantique mauritanien sur 180 km, couvrant une superficie de 12000 km2, répartie de manière à peu près égale entre un domaine maritime et un domaine terrestre. Contrairement à la partie maritime qui a bénéficié d’efforts non négligeables notamment en recherches halieutiques, le domaine terrestre n’a jamais fait l’objet d’études approfondies si ce n’est quelques prospections botaniques, pour la plupart sporadiques par d’éminents chercheurs comme Monod, Lamarche, Spruyte, Hugot, Murat, Zolotarevsky etc. Il appartient au Tasiast, zone à vocation pastorale depuis plusieurs siècles. Il a constitué longtemps l’une des principales étapes de la transhumance et du nomadisme en Mauritanie. La végétation de cette zone faisait l’objet d’une exploitation pastorale régulière par les troupeaux camelins suivant l’axe Nord-sud et sud-nord, jusqu’à une période récente. Mais depuis plusieurs décennies et plus particulièrement dans la décennie 70-80, on assiste à une régression du potentiel pastoral de ce territoire, une disparition des oueds, une diminution du débit des puits et de leur nombre suite à une sécheresse récurrente survenue au parc comme partout en Mauritanie. Ce changement climatique a entraîné une irrégularité des parcours, une désaffection de ce territoire, qui fut pourtant tant convoité, par une grande partie de la population nomade et les troupeaux qui en exploitaient les ressources. La population de pasteurs inféodée au territoire du PNBA a mis au point une stratégie leur permettant une adaptation aux conditions nouvellement imposées par la sécheresse. Cette stratégie repose sur la parfaite connaissance de leur milieu, du comportement de leurs animaux, de la végétation, des zones de pâture et de la qualité fourragère empirique des plantes, résultat de longues expériences et de patientes observations depuis plusieurs générations. Nous avons tenté à partir d'une approche pluridisciplinaire de comparer la hiérarchie de valeur attribuée par les nomades aux différentes plantes ingérées par les dromadaires et la valeur fourragère scientifique obtenue au laboratoire ; cette analyse comparée s’appuyant sur des méthodes multi- variées (comparaison d’analyses typologiques). Parallèlement, nous avons mis en oeuvre des méthodes permettant de déterminer l’importance des prélèvements effectués par les grands herbivores, en l’occurrence le dromadaire, ainsi que les stratégies d’adaptation développées par les pasteurs nomades évoluant au sein du PNBA Les résultats de ces différentes analyses montrent que les connaissances empiriques ne recoupent que partiellement la réalité biologique. Ils ne traduisent en particulier qu'imparfaitement la hiérarchie de valeur fourragère attribuée par les nomades aux espèces fourragères. Ces savoirs empiriques qui intègrent l’évolution phénologique des plantes (le temps) et la distribution (l’espace) méritent donc d’être pris en considération par les scientifiques car combinées avec le développement de recherches spécifiques, ces connaissances pourraient non seulement complémenter les données scientifiques mais aussi constituer le plus sûr moyen de gestion durable d’un tel territoire affaibli par la sécheresse grâce à une aide précieuse apportée par cette population « autochtone » compétente, les pasteurs nomades.

Mots-clés : Sécheresse, pasteurs nomades, dromadaire, adaptation, savoirs empiriques, savoirs scientifiques, ressources fourragères, gestion

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